Chapitre 1 : Le Début
La bouteille de vodka de marque distributeur était posée au milieu de la table basse en verre, juste à côté d’un paquet de chips entamé et de deux verres à shot identiques, transparents et épais. Noé était assis par terre, le dos calé contre le bas du canapé en tissu gris. Il portait un bas de jogging en molleton gris foncé, serré à la taille par un cordon blanc noué, et un sweat à capuche noir zippé jusqu’au milieu de la poitrine, laissant voir le col d’un t-shirt blanc basique. Ses pieds étaient nus sur le parquet flottant. En face de lui, de l’autre côté de la table, Amaia s’était installée sur un grand coussin de sol bleu. Elle portait un jean brut bleu foncé, fermé par un bouton métallique et une fermeture Éclair bien remontée, une ceinture en cuir noir à boucle dorée, et un t-shirt gris col rond, légèrement ample, dont le bas était rentré dans la ceinture de son pantalon. Ses pieds étaient couverts de chaussettes de sport blanches.
— Bon, on est d’accord sur les règles ? demanda Noé en attrapant la bouteille par le goulot. Son pouce droit frotta l’étiquette en plastique qui se décollait légèrement.
— Oui, c’est simple, répondit Amaia. Elle remonta ses manches jusqu’aux coudes, révélant ses avant-bras fins. Si on a déjà fait le truc, on ne boit pas. Si on ne l’a jamais fait, on s’enfile un shot sec. C’est bien ça ?
— C’est ça. On dit la vérité, sinon ça sert à rien. Et on ne chipote pas sur les détails. C’est oui ou c’est non.
Noé fit tourner le bouchon en plastique bleu de la bouteille. Un petit claquement sec retentit quand les crans de sécurité se brisèrent. Il versa le liquide transparent dans le premier verre, puis dans le second, s’arrêtant à un millimètre du bord pour chacun d’eux. Quelques gouttes glissèrent sur le flanc du premier verre et s’étalèrent en petite auréole sur le plateau en verre de la table.
— Honneur aux femmes, dit Noé en posant la bouteille. Vas-y, commence.
Amaia posa ses mains à plat sur ses cuisses, frottant le tissu rêche de son jean. Ses yeux firent le tour de la pièce avant de se fixer sur son frère.
— OK. T’as déjà volé un truc dans un magasin ? Genre un truc de valeur, pas juste un chewing-gum.
Noé la regarda en souriant légèrement, le coin des lèvres relevé. Il tendit la main vers son shot, ses doigts touchant le verre froid.
— Direct les dossiers de délinquant, murmura-t-il. Non, jamais. Même pas un stylo.
Il prit le verre entre le pouce et l’index, le leva brièvement en direction d’Amaia, puis le vida d’un coup sec en jetant la tête en arrière. Sa gorge bougea sous la peau alors qu’il avalait l’alcool blanc. Il reposa le verre sur la table avec un petit bruit mat et grimaça un instant, passant le dos de sa main sur sa bouche.
— Ah, elle pique un peu celle-là. À mon tour. T’as déjà menti à un entretien d’embauche sur tes compétences ?
Amaia laissa échapper un petit rire. Elle attrapa son propre verre, l’éleva à la hauteur de ses yeux, puis le porta à ses lèvres sans hésiter. Elle but le shot en deux gorgées rapides, fronçant les sourcils sous l’effet de la brûlure.
— Jamais de la vie, dit-elle d’une voix un peu enrouée par l’alcool. J’ai trop peur qu’ils me demandent de faire le truc le premier jour et que je passe pour une conne.
Elle posa son verre vide à côté de celui de Noé. Ce dernier reprit la bouteille et remplit à nouveau les deux récipients avec le même niveau de précision.
— À toi, dit Noé en replaçant la bouteille au centre.
Amaia croisa les jambes sous ses fesses, ajustant la position de son jean qui lui serrait un peu les hanches.
— T’as déjà fouillé dans mon téléphone en douce ? Quand on était plus jeunes ou même récemment ?
Noé s’adossa plus confortablement contre le canapé, étirant ses longues jambes sous la table basse. Ses pieds nus frôlèrent le bord du coussin d’Amaia.
— En vrai ? Non. J’ai failli une fois, quand t’avais laissé ton vieux portable sur la table de la cuisine et qu’il arrêtait pas de vibrer, mais j’ai pas touché. Donc je bois.
Il prit son verre et le vida sans ciller, habitué à la sensation de brûlure. Il reposa le verre vide et fixa Amaia avec un air de défi amusé.
— T’as déjà regretté d’avoir rompu avec un de tes ex, au point de vouloir le supplier de revenir ?
Amaia resta silencieuse un instant. Ses doigts jouèrent avec l’ourlet de sa manche droite. Elle regarda son verre plein, hésita, puis le prit.
— Non, dit-elle. Quand c’est fini, c’est fini. Je regarde pas en arrière.
Elle avala le shot d’un trait. Le liquide passa rapidement. Elle posa le verre plus fort que prévu sur la table, provoquant un léger cliquetis.
— Ça fait deux-zéro pour les verres vides, non ? remarqua Noé en reprenant la bouteille. On commence à être bien là.
Il remplit à nouveau les verres. Le niveau de la bouteille avait baissé de près d’un tiers. L’odeur forte de l’alcool neutre flottait maintenant au-dessus de la table basse.
— À mon tour, dit Amaia en se penchant un peu en avant. Son t-shirt gris se détendit, révélant la courbe de ses clavicules. T’as déjà été arrêté par les flics pour un truc un peu chaud ? Genre pas juste un contrôle d’identité de routine.
Noé secoua la tête, un sourire aux lèvres.
— Non. Je suis un citoyen modèle, tu le sais bien.
Il saisit son verre et le vida d’un coup. Sa respiration s’accéléra légèrement sous l’effet de la succession des verres. Il posa le shot et se frotta le visage des deux mains, redressant ses cheveux bruns qui retombèrent un peu en désordre sur son front.
— Bon, à moi, dit-il en se penchant à son tour, les coudes posés sur ses genoux recouverts de molleton gris. T’as déjà envoyé un message à la mauvaise personne ? Genre un truc hyper embarrassant, destiné à quelqu’un d’autre.
Amaia éclata de rire, un rire franc qui fit bouger ses épaules.
— Oh putain, oui. Une fois, j’ai envoyé un message super critique sur ma boss… à ma boss elle-même. J’ai cru que j’allais mourir sur place. J’ai dû inventer une excuse bidon de correcteur automatique. Donc je ne bois pas sur celle-là.
Elle pointa son doigt vers Noé.
— C’est à toi de boire du coup, puisque tu m’as posé la question mais que c’est moi qui ai déjà fait le truc. Ah non, attends, c’est pas ça la règle. On ne boit que si on n’a pas fait. Donc là, comme je l’ai fait, je ne bois pas. Et toi, tu l’as déjà fait ?
— Oui, une fois, admit Noé. J’ai envoyé un message de drague à un pote au lieu de la meuf que je convoitais. Le malaise était total. Donc aucun de nous ne boit sur ce coup-là. Les verres restent pleins.
Il désigna les deux shots remplis à ras bord qui attendaient sur la table.
— OK, dit Amaia en se calant à nouveau sur son coussin. Elle passa ses mains sous ses cuisses pour se réchauffer. T’as déjà fait un truc tellement honteux en soirée que t’as fait semblant d’avoir un trou noir le lendemain pour pas en parler ?
Noé la regarda, les yeux légèrement rétrécis par l’effet de l’alcool qui commençait à lui monter aux tempes. Une légère rougeur colorait ses pommettes.
— Ouais, avoua-t-il après un court silence. Une fois. J’ai vomi dans les plantes du salon chez un pote et j’ai accusé le chien le lendemain. J’ai juré que je me rappelais de rien du tout. Donc je bois pas. Et toi ?
— Jamais fait ça, répondit Amaia avec un sourire provocateur. Je prends toujours mes responsabilités, même quand je suis minable.
Elle prit le verre devant elle et le but sans grimacer cette fois, sa gorge s’habituant à la rigueur de la vodka. Elle reposa le verre vide qui résonna contre le plateau de verre.
— À toi, dit-elle en essuyant le coin de ses lèvres du bout de l’index.
Noé prit la bouteille, la souleva et constata qu’elle était à moitié vide. Il versa à nouveau de la vodka dans le verre d’Amaia, puis dans le sien. Ses gestes étaient un peu moins précis, une petite goutte tomba sur le revers de sa manche de sweat noir, y laissant une trace sombre et ronde qui s'humidifia rapidement.
— T’as déjà… commença Noé en fixant le liquide transparent. T’as déjà eu un crush sur un pote à moi ? Genre quelqu’un que je fréquente souvent et que tu vois de temps en temps ?
Amaia resta un instant immobile, le regard fixé sur les deux verres. Elle passa sa main droite dans ses cheveux, les rejetant derrière son épaule gauche, puis ajusta le col de son t-shirt gris qui s’était un peu décalé sur le côté.