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Séance photo

Récit par adminBenoit • ⚡ Coécrit par Auteur Numérique
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Chapitre 1 1688 mots • Format : 👥 Présentiel

Chapitre 1 : Le Début

La sonnette de l’appartement retentit trois fois, de manière brève et saccadée. Alexandre posa sa tasse de café sur le plan de travail de la cuisine, traversa le petit couloir d'entrée et ouvrit la porte d’entrée en bois clair.

Estelle se tenait sur le palier, son sac à main en bandoulière contre sa hanche. Elle portait un blouson en jean bleu clair boutonné jusqu'au milieu de la poitrine, un jean brut ajusté et des baskets blanches impeccables. Ses cheveux étaient attachés en une queue-de-cheval haute, quelques mèches rebelles encadrant son visage tendu.

— Salut. Je peux entrer ? demanda-t-elle sans attendre de réponse, franchissant déjà le seuil.

— Salut. Oui, vas-y. Qu’est-ce qui t’amène dans cet état ? répondit Alexandre en refermant la porte derrière elle.

Il portait un bas de jogging gris en coton souple, resserré aux chevilles et noué à la taille par un cordon blanc, ainsi qu'un t-shirt noir col V ajusté. Il était pieds nus sur le parquet vitré.

Estelle glissa ses baskets de ses pieds sans défaire les lacets, les laissant près du meuble à chaussures. Elle déboutonna rapidement son blouson en jean, le retira d'un geste sec et le jeta sur le dossier d’une chaise haute de la cuisine américaine. Sous son blouson, elle portait un t-shirt gris basique à col rond, dont l'ourlet était rentré dans la ceinture de son jean brut, maintenu par une fine ceinture en cuir marron.

— J’ai un énorme problème, dit-elle en se dirigeant vers le salon. Un truc de malade. Il faut que tu m’aides.

— Installe-toi, déjà. Tu veux un café ? Un verre d'eau ?

Alexandre la suivit dans le salon. La pièce était lumineuse, meublée d'un canapé d'angle en tissu gris foncé, d'une table basse en chêne massif et d'une grande bibliothèque remplie de bouquins et de dossiers de travail.

— Non, rien, merci. Assieds-toi, s'il te plaît, dit Estelle en se laissant tomber sur le canapé.

Elle sortit son smartphone de sa poche arrière de jean, déverrouilla l'écran et resta le pouce suspendu au-dessus de la dalle lumineuse. Alexandre s'assit à l'autre bout du canapé, gardant une distance d'un bon mètre. Il posa ses coudes sur ses genoux, observant sa sœur avec un sourcil levé.

— Bon, crache le morceau. Tu as eu un accident avec la voiture ?

— Non, rien à voir. Tu sais que j’ai envoyé mon book à plusieurs agences le mois dernier ? Pour le mannequinat et la photo de mode.

— Oui, tu m'en as parlé. L'agence de Paris, là. Vanguard Studio ?

— Exactement. Vanguard. Ils m'ont répondu ce matin par mail. Ils ont adoré mon profil. Ils veulent me faire passer un test en studio après-demain à quatorze heures. Une séance complète, coiffure, maquillage, et shooting.

— Mais c’est une super nouvelle, non ? Pourquoi tu as cette tête-là ?

Estelle fit glisser son doigt sur l'écran et tendit le téléphone à Alexandre.

— Lis le paragraphe du milieu. À partir de "Conditions d'accès".

Alexandre prit le téléphone. Son pouce effleura l'écran pour faire défiler le texte. Il lut à voix haute, d'une voix neutre :

— "Veuillez noter que pour cette séance spécifique, orientée lingerie fine et nu artistique, et conformément à notre charte de sécurité et d'accompagnement des nouveaux modèles, la présence du conjoint est strictement obligatoire. Celui-ci devra signer une décharge de présence et assister à l'intégralité de la séance en studio. Aucun autre accompagnateur (ami, parent, agent externe) ne sera admis."

Alexandre s'arrêta de lire, releva les yeux vers Estelle et lui tendit à nouveau le téléphone.

— C’est quoi cette règle à la con ? Depuis quand les agences demandent le mec ?

— J’ai fait des recherches sur leur site et sur des forums de modèles, expliquit Estelle, les mains posées à plat sur ses cuisses en jean. C'est une nouvelle politique qu'ils ont mise en place depuis l'année dernière. Apparemment, ça évite les malentendus sur les séances de nu, ça rassure les modèles, et ça valide le fait que l'entourage est d'accord avec les publications à venir. C'est super pro, en fait. Ça limite les procès de couples qui se séparent après et qui veulent faire retirer les photos.

— Mouais. Admettons. Mais toi, tu n'as pas de conjoint. Tu as rompu avec Thomas il y a six mois.

— Je sais ! C'est ça le problème ! J'ai répondu au mail en disant "Pas de problème, nous serons là tous les deux". J'ai cliqué sur envoyer avant de réaliser l'énormité de ma connerie. J'ai paniqué, Alex. Si je leur dis que je suis célibataire, ils vont annuler. Le mail dit bien que c'est une condition sine qua non pour les nouvelles recrues sur ce créneau d'âge. C'est une opportunité de dingue, ils bossent avec les plus grands magazines.

Alexandre se redressa contre le dossier du canapé, croisant les bras sur sa poitrine. Son t-shirt noir se tendit légèrement sur ses épaules.

— Et donc ? Tu vas faire quoi ? Tu vas louer un acteur sur internet ?

— Non. Je veux que ce soit toi.

Un silence s'installa dans le salon. Le bruit d'une voiture passant dans la rue en contrebas résonna à travers la double vitre. Alexandre la fixa, incrédule.

— Tu veux que je joue ton mec ?

— Oui. Juste pour deux heures. Tu as juste à venir, à t'asseoir sur un fauteuil dans le studio, à signer leur foutu papier à l'entrée avec un faux nom ou le tien, on s'en fout, ils ne vérifient pas les livrets de famille. Tu restes là, tu as l'air sérieux, et c'est tout.

— Estelle, on se ressemble. On a les mêmes yeux, la même structure de visage. Si quelqu'un regarde d'un peu trop près, ils vont voir qu'on est frère et sœur.

— Mais non ! Plein de couples se ressemblent, c'est super courant. Et puis on n'a pas à s'embrasser sur la bouche devant eux. On se tient juste par la main en arrivant, on se montre complices, et voilà. S'il te plaît, Alex. C'est hyper important pour moi. Si je rate ce rendez-vous, ils ne me recontacteront jamais.

Alexandre passa une main sur son visage, frottant sa barbe de trois jours. Il soupira, observant sa sœur qui le fixait avec insistance, les mains jointes.

— Une séance de lingerie et de nu, Estelle. Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? Je vais devoir assister à ça ? Te voir poser à moitié à poil devant un photographe pendant que je joue le rôle du mec jaloux ou protecteur ? C'est super bizarre comme situation.

— C'est purement professionnel ! Pour moi, c'est du travail. Le photographe est un pro, il y aura une maquilleuse, peut-être un assistant. Ce sera très technique. "Tourne la tête à droite, baisse l'épaule, ne bouge plus." Il n'y a rien de bizarre là-dedans. Tu seras juste dans un coin avec ton téléphone, tu ne seras même pas obligé de regarder si ça te gène.

Alexandre se leva et commença à faire les cent pas sur le parquet. Son pantalon de jogging flottait à chacun de ses mouvements. Il s'arrêta près de la fenêtre, regardant dehors avant de se retourner vers elle.

— Et si le photographe me demande depuis combien de temps on est ensemble ? Ou comment on s'est rencontrés ? Tu as pensé à ça ? Si on bafouille, on va avoir l'air de deux idiots et tu vas te faire griller définitivement.

— On dit qu'on s'est rencontrés à la fac. Ça fait deux ans. On habite ensemble dans mon appart. C'est simple, court, impossible à contredire. S'il te plaît, Alex. Je n'ai personne d'autre à qui demander ça. Je ne vais pas demander à un plan cul d'un soir ou à un pote qui va essayer d'en profiter pour de vrai après. Toi, au moins, je te fais confiance à cent pour cent.

Alexandre resta silencieux quelques secondes, évaluant la demande. Il regarda sa sœur, qui semblait vraiment désemparée, les épaules légèrement voûtées dans son t-shirt gris.

— Bon, admettons, dit-il en revenant vers le canapé. On fait ça. Mais on doit mettre les choses au clair. On arrive ensemble, on joue le jeu de manière très sobre. Pas de démonstration d'affection ridicule. On est un couple moderne, installé, pas des ados qui se bécotent toutes les deux minutes. Ça te va ?

— Parfait. C'est exactement ce qu'il faut. Juste une complicité naturelle. Un bras autour de l'épaule si nécessaire à l'accueil, et c'est tout.

— Et pour les fringues ? Je ne vais pas venir en jogging.

— Non, bien sûr. Mets une chemise simple, un jean propre. Un truc décontracté mais soigné. Le shooting est après-demain à quatorze heures. Le studio est dans le 11e arrondissement. Je passe te prendre ici à treize heures trente.

— Ok, répondit Alexandre en se rasseyant sur le bras du canapé. On fait comme ça. Mais si ça tourne au vinaigre ou si je sens que le truc est louche, on se casse direct. Compris ?

— Promis. Merci, Alex. Tu me sauves la vie, vraiment.

Elle se leva, visiblement soulagée. Elle lissa le bas de son t-shirt gris qui s'était un peu froissé, puis s'approcha de la cuisine pour récupérer son blouson en jean. Elle l'enfila sans le boutonner, laissant apparaître la boucle de sa ceinture et le tissu ajusté de son jean.

— Je repasse demain soir pour qu'on se cale bien sur les détails de notre "histoire", dit-elle en glissant à nouveau ses pieds dans ses baskets blanches.

— Ça marche. À demain, alors.

Alexandre la raccompagna jusqu'à la porte. Elle lui fit un rapide signe de la main avant de descendre les escaliers. Il referma la porte, s'appuya contre le bois quelques instants, puis retourna vers la cuisine pour finir son café désormais tiède.

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